€urope : les geais parés garrulent !

Je répète :

les geais parés garrulent.

De l’âne au coq :

On a promu ce lundi le nouveau site web d’enregistrement

du Service public fédéral belge des Affaires étrangères :

Travellers Online.

(d’abord au seul profit des voyageurs belges hors U.E.,

qui forment la majorité des touristes belges, comme chacun sait)

Il est permis de préférer péter dans le silence pithagorique,

avec ou sans droits d’odeur.

Ah ! le tourisme ! Est-il encore permis d’en parler ainsi,

comme le faisait Robert Vivier, en 1965, dans son livre

À quoi l’on pense

Quand j’étais petit garçon j’avais l’impression que chaque chemin était voué à un village, que son rôle unique était d’y mener le marcheur. On me disait : voici le sentier du moulin, voilà le chemin de la ferme Dumont et cela c’est la route de Saint-Antoine, et il me semblait que par-delà les maisons de Saint-Antoine ou le moulin il n’y avait plus rien du tout : c’était le fond, le mur du monde. Je n’aurais jamais imaginé qu’après la ferme dont on me parlait le chemin pût devenir celui d’un autre lieu puis d’un autre, à l’infini.
Voilà les idées qu’on se fait quand on est petit garçon ! Il est vrai que je l’ai été dans un monde qui ne connaissait pas l’automobile, aussi ma conception du paysage était-elle statique. Le monde était un tableau, et rien n’eût été plus étranger à ma pensée d’alors que cette manie de percer la toile et de mélanger les paysages que nous appelons le tourisme.
Le tourisme, comme son nom l’indique, consiste à tourner. Faire des circuits, passer perpétuellement d’un point à l’autre, battre les sites comme un joueur bat les cartes. Chacun d’eux aperçu en coin amuse l’œil et disparaît, recouvert par le suivant. Tous plus beaux les uns que les autres et s’annulant mutuellement, si bien que sans le secours des cartes postales ou des photos que nous prenons il nous serait bien difficile, au retour, de dire par où nous avons passé.
Pourtant nous avons passé par Florence, Avignon et Grenade, nous avons vu les Alpes, les Pyrénées : bien autre chose que Saint-Antoine ou la ferme Dumont… Mais ce village ou cette ferme, d’être le seul lieu où conduisait un chemin, et même si nous n’allions pas jusque-là, occupait dans notre esprit une place que ni Grenade ni les Alpes ne prendront jamais, pauvres images télescopées, perles de pacotille enfilées aux colliers sans commencement ni fin de nos tournoiements de vacances.

Joli, non ? plus beau en tout cas que la multiplication

(la croissance ! la croissance ! la croissance !)

des tas de ferrailles dans le ciel et sur les routes…

Et mon plaisir où je veux quand je veux, alors ?

Les geais parés garrulent et bisquent et bisquent !

Merci, Yanis, merci, Alexis, merci, les Grec(que)s !