simple mais chaleureux hommage…

à l’auteur et à tous ses potes,

morts ou vivants,

secoueurs de cocotiers,

panseurs de vies

qu’ils ne voudront toujours que meilleures…

L’éducation est quelque chose qui,
par définition,
par essence pourrait-on dire,
est hors marché.
Le marché ne peut pas comprendre
l’acte d’enseigner.

Quand tu enseignes,
il se passe quelque chose d’extraordinaire :
tu donnes quelque chose,
et pourtant tu ne perds rien.
Tu donnes ton savoir,
et tu ne perds pas ton savoir.
Il se peut même
qu’au contact de l’élève
il se soit amélioré.

L’économie, c’est l’inverse.
Ton litre d’essence,
c’est pas celui du voisin.
Il est à toi.
Tu en es propriétaire.
Si tu l’as,
ton voisin ne peut l’avoir.

L’économie n’existe que par la rareté,
la rareté qui permet
de mettre des péages
et d’accaparer de la rente.
L’éducation, au contraire,
c’est l’abondance.

Le savoir peut être accumulé à l’infini.
Pas comme les voitures.

L’éducation est une atteinte fondamentale
au droit de propriété,
pierre angulaire du capitalisme.
Au fond, l’éducation est inadmissible,
insupportable
pour le système marchand.

Mais il y a plus :
l’éducation est aussi une atteinte à l’héritage,
autre fondement essentiel
de l’inégalité des hommes
et de la division en classes.

Que serait-on sans tous les penseurs
et les créateurs depuis Homère ?
Que serait, aujourd’hui,
un misérable chercheur mercenaire,
améliorateur de logiciels de flicage chez Windows,
sans Bernoulli et von Neumann ?

Par l’éducation
j’hérite à titre gratuit
du patrimoine culturel
de l’humanité.

Essayez de l’expliquer
à ceux qui veulent abolir
l’impôt sur la fortune
et sur les successions !

Voilà pourquoi l’AGCS
(Accord général sur le commerce des services,
comme les services de santé,
d’éducation et de culture),
la privatisation
et la régionalisation de l’enseignement,
la mise en concurrence
des universités et autres,
sont des phénomènes
de création artificielle de rareté.
Ah, si l’on pouvait couper
toute transmission humaine de savoir !
Si les hommes pouvaient acheter
leur savoir à des machines,
comme leur café !

Bernard Maris,
in Charlie Hebdo  (21/05/03)